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Whossam !!

Les chroniques d'un homme ordinaire... ou pas


Le Nout Gayar Manièr Kozé

Publié par Sam Who ? sur 8 Août 2012, 15:59pm

Catégories : #les chroniques de sam

Le Nout Gayar Manièr Kozé

#Humeurdujour : FREEEEEEEDDOOOOOOOMMMM !!!

Depuis peu, j'excerce une nouvelle activité professionnelle. Dans un contexte que je découvre : le monde rural de La Réunion (c'est que je suis un petit gars de ville, moi). Et pour la première fois de ma vie professionnelle, je suis plongé dans un milieu créolophone ! Alors pour un Réunionnais vivant à La Réunion quoi de plus normal me direz-vous ?!

Et bien justement, figurez-vous que ce n'est pas si évident que ça ... dumoins au début.

Pourquoi ?

Parce que premièrement, j'ai été de ceux à qui on a interdit (dans son éducation, et par décrét paternel) de parler créole à l'école (comme tout le monde) et surtout à la maison, pour " réussir dans la vie ". Vous comprenez le raisonement ? Non ? A l'époque on me disait que si je voulais réussir dans la vie, avoir du travail, une bonne position sociale, je devais parler le bon français (la langue qui ouvre les portes de la réussite) et non pas le créole, sur lequel il fallait faire absolument une croix dessus et qui était relégué à l'état de simple patois folklorique, langue des ivrognes, des illetrés, des bons à rien, bref la langue inutile.

Oui le raisonement est stupide, j'en conviens, mais c'était comme ça. En conséquence de quoi, j'ai grandi avec dans la tête cette équation étrange : Français = Bien, Créole = Mauvais. Et même si de nature rebelle, je défiais la censure en apprenant et en parlant malgrè tout le créole en douce avec ma grand-mère et mes cousins ; il me reste quand même une trace indélébile, marquée au fer rouge dans mon esprit, qui me force quand j'arrive dans une administration réunionnaise, à la banque, dans un magasin, à prendre la parole instinctivement en français, et ce, même si j'ai la certitude que mon interlocuteur sait parler créole. (Maintenant que j'y pense, je me rends compte aussi que même dans mes relations amoureuses je n'ai jamais parlé créole avec mes petites amies Reunionnaises - visiblement je conjugue l'amour et la romance en français de bonne et dûe forme - ça m'effraie !)

Le Nout Gayar Manièr Kozé

Et ausi parce que deuxièmement, ayant fait mes études et 90% de mon expérience professionelle en métropole et en Europe, il est clair que j'ai imprimé l'idée qu'au travail on doit parler français, ou anglais. A vrai dire, je crois bien qu'il ne m'était jamais venu à l'esprit que l'on puisse travailler en créole.

Dès lors, imaginez ma stupeur lorsqu' à l'entretien d'embauche on me demande de parler créole ! Bien sûr, pour moi ça ne pose absolument aucun problème, mais je me suis senti un peu mal à l'aise au début, décontenancé par quelque chose qui ne me semblait pas naturelle. Et puis, très vite le plaisir arrive, le plaisir de parler créole dans une rencontre aussi formel. Une sorte de jeu. J'avoue que ça m'a aidé à evacuer le stress, je me suis senti chez moi, en terre connue comme si je parlais avec des amis, la famille.

Mais l'affaire n'en restait pas là, puisque quelques semaines plus tard (la semaine dernière en fait) à mon embauche, je m'apperçois que le créole est partout. Tout le monde dans cette boite parle le créole, la directrice, les collègues, aux entretiens, aux réunions, tout se fait en créole (ou presque, sauf les mails - mais j'avoue c'est super dur d'écrire le créole). Et croyez le ou pas .. j'ai jubilé d'avance de pouvoir travailler pour la première fois de ma vie dans un environnement créolophone.

Cette proximité qu'établit le créole est géniale, je comprend mieux, je ressens mieux les choses, sans doute à cause du caractère imagé de la langue. Et du coup le français me parait désormais limité comme outil de communication et de comprehension car elle est tout à coup une langue qui génère une certaine distance, certes très relatif - je n'arriverai toujours pas à dire à " mi aim a ou " (Je t'aime en créole) et je continuerai a parler français en entrant quelque part-

Le Nout Gayar Manièr Kozé

Pour conclure, (et j'en arrive au but de cette article) c'est de vous dire l'extrème plaisir que j'ai à travailler particulièrement dans cette environement (certes pour plusieurs autres raisons) parce que j'ai l'impression de découvrir une partie de moi, de redécouvrir ma langue, ma culture et d'en faire tout à coup une compétence professionelle, quelque chose de valorisant, quelque chose dont je peux être fier malgrè les schémas imbéciles que l'on m'a inculqué dans ma jeunesse. Et je peux l'affirmer aujourd'hui, mon père et tout ceux qui pensent comme lui avaient tort sur toute la ligne.

Pour un réunionnais, Français = bien, créole = encor pli gayar *

*meilleur encore

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M
Je trouve ça dommage d'empêcher une culture, de "connaître" ses racines. Alors je suis contente que désormais tu puisses renouer avec ta terre et ton héritage :)
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S
Bah oui, je suis content aussi !!

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